Covid-19, fermeture des commerces et article 1 722 C.ci : comment calculer la réduction de loyer ?

En France, les mesures sanitaires ont entraîné la fermeture administrative des commerces dits ‘’ non-essentiels ‘’.

Si la destruction partielle devait être reconnue sur le fondement de l’article 1 722 du Code civil, comment calculer la réduction de loyer ?

Pour rappel, l’article 1722 du Code civil dispose que « Si, pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander (…) une diminution du prix (…) ».

Un jugement récent  a ainsi débouté un bailleur de sa demande de paiement des loyers dus par le preneur pour la période allant du 16 mars au 11 mai 2020. Il a ainsi reconnu une perte totale de la chose louée ; quid de futures décisions tendant à reconnaître une perte partielle ?

Le sujet aurait une portée significative au regard des nombreux locaux soumis à fermeture administrative : restaurants, magasins d’équipement de la personne …

Les mécanismes de fermeture sont toutefois multiples au regard :

  • De l’étendue des activités interdites
  • Des restrictions d’exploitation en termes d’horaires d’ouverture

On citera à titre illustratif l’interdiction pour les restaurants de recevoir du public, qui peuvent encore pratiquer la vente à emporter. De la même façon, les mesures de couvre-feu en début de soirée sont de nature à priver une partie des commerces d’une plage horaire significative en termes de chiffre d’affaires, notamment pour les commerces de proximité.

Les réponses doivent donc nécessairement être adaptées à chaque cas d’espèce.

Plusieurs modes de calcul peuvent être envisagés :

  1. La baisse du loyer a proportion de la baisse de chiffre d’affaires rapporté aux années précédentes
  2. La perte d’exploitation telle que calculée à hauteur de la marge brute, à l’instar des contrats d’assurance prévoyant de ce type de couverture
  3. Une approche plus normative appliquant au loyer un coefficient d’adaptabilité du commerce aux contraintes sanitaires actuelles.

Ce coefficient, allant de 0 à 1, serait ainsi composé de 4 tranches, chacune pondérée entre 0 et 0,25, selon les critères suivants :

  • Commercialité du secteur (0 : très importante / 0,25 : inexistante)
  • Caractère touristique ou non du secteur (0 : secteur très touristique / 0,25 : secteur totalement riverain)
  • Proportion de l’espace de vente dans les locaux (0 : espace de vente occupant l’intégralité des locaux / 0,25 : espace de vente inexistant)
  • Proportion du chiffre d’affaires de l’année antérieure basée sur la vente hors boutique (0 : part inexistante du CA / 0,25 : entièreté du CA)

A l’appui de cette méthode, il nous apparaît judicieux d’établir une grille de pondération des critères afin de quantifier la réduction de loyer susceptible d’être pratiquée.

Le loyer ainsi adapté présente a minima l’intérêt de tenir compte du caractère interdépendant du local commercial et du fonds de commerce dans l’estimation de la réduction de loyer.

Dans un esprit d’équité, la réduction de loyer de l’article 1 722 du Code civil semble devoir être calculée au-delà de la réalité économique du preneur, afin de parvenir à une valeur respectueuse des intérêts des deux parties.

 

 

Venez échanger autour de l’article avec son auteur, Clara TOUSSAINT  le mercredi 10 février de 16 h à 17 h sur le lien suivant : https://play.workadventu.re/_/global/gparant.github.io/tcm-client/Robine/map.json

Turbulences sur le commerce de flux

Au cours des 15 dernières années, le commerce de flux a connu une très forte croissance, tirée notamment par la hausse du trafic aérien et le développement du tourisme à l’échelle mondiale. Les ventes en duty-free et travel retail auraient ainsi quadruplé entre 2000 et 2019, dernière année faste du secteur. 

Plusieurs groupes se sont fortement développés sur ce créneau, deux groupes français (LAGARDERE TRAVEL RETAIL et DFS) se plaçant dans le Top 6 en termes de chiffres d’affaires.

En matière d’immobilier commercial, le travel retail se caractérisait jusque là par des ratios hors normes favorisés par l’achat en duty free (évitant ainsi la TVA et les accises) et l’espace réservé en attente du départ de l’avion. On observait des paniers moyens élevés, des taux de transformation significatifs et des chiffres d’affaires au m2 inédits. Une étude de CUSHMAN & WAKEFIELD datée de décembre 2018 sur le commerce en gare rapporte des chiffres d’affaires en vente à emporter pouvant atteindre 50.000 € / m2 SdV. 

Le rapport financier d’ADP pour 2019 indique un chiffre d’affaires par passager (et non par consommateur) de 19,7€ (pour un trafic de 108M de voyageurs).

Ces performances commerciales donnaient lieu à des taux d’effort qui auraient été jugés léonins en centres commerciaux, mêmes très performants. L’étude précitée de CUSHMAN & WAKEFIELD fait état de taux d’effort pouvant atteindre 25% en vente à emporter. Les curseurs étaient alors aux antipodes de la frugalité. 

Dans le contexte pandémique actuel, « The Economist» questionne la pertinence des législations duty-freenon directement contributives en termes de finances publiques, favorisant l’alcool et le tabac et ne bénéficiant finalement qu’à une population déjà favorisée. 

La remise en cause du modèle duty-free amène à s’interroger sur la nécessaire transformation du commerce de flux, mis à mal par la crise sanitaire, et qui participe pourtant activement au financement des équipements aéroportuaires eux-mêmes. 

L’intense fréquentation des sites de flux et la flexibilité des conventions d’occupation en font usuellement un observatoire dynamique et pertinent des enseignes performantes. L’évolution du mix-merchandising des gares et aéroports à moyen-terme sera riche en enseignements.  

 

En continu : fil rouge sur les loyers commerciaux

17 avril 2020 :

  • ICADE renforce ses mesures de soutien à ses locataires et de solidarité à la suite du prolongement du confinement. Le groupe ICADE a ainsi annulé le loyer du 2ème trimestre pour les TPE de moins de dix salariés, dont l’activité est à l’arrêt suite aux décisions administratives,
  • Le parlement a adopté un amendement déposé par le député Modem Jean-Noël BARROT dans le cadre du projet de loi de finances rectificative aux fins d’inciter les bailleurs de locaux commerciaux à renoncer à l’appel des loyers durant la crise. Concrètement, ces bailleurs ne seront pas imposés sur les loyers non perçus, ils pourront les déduire de leur revenu imposable. Ce principe était déjà appliqué aux abandons de créances, défini par l’article 39, 1-8° du code général des impôts,
  • La ville de Versailles abandonne ses loyers,
  • Bruno Le Maire, ministre de l’économie demande aux foncières d’annuler purement et simplement trois mois de loyers pour les TPE. La majorité des propriétaires-bailleurs proposaient jusque-là une mensualisation des loyers et étalement de ces derniers.

15 & 16 avril 2020 :

  • Le groupe FREY lance un fonds d’accompagnement de 15 millions d’euros pour neutraliser le poids du loyer de ses locataire sur la période de crise sanitaire. 
  • CEETRUS FRANCE (filiale du groupe Auchan) poursuit sa logique d’exonération des loyers depuis le 15 mars 2020, reconduit ce jour jusqu’au 15 mai 2020, à l’exception des magasins ouverts. Étant précisé que les charges liées aux coûts d’ouverture, qui concernent 100% des sites de la foncière pour maintenir l’accès aux alimentaires, pharmacies et commerces essentiels restent dues par l’ensemble de ses locataires.
  • La Compagnie de Phalsbourg, par la voix de son Président-Fondateur, Philippe JOURNO, a annoncé la prolongation de l’annulation des loyers jusqu’au 11 mai 2020, et cela jusqu’à la réouverture pour les restaurants et lieux de spectacle dont la compagnie est propriétaire.

9 & 10 avril 2020 :

  • SNCF Gares et Connexions renonce aux loyers de plus de 1 500 commerces dans ses gares,
  • Le Conseil National des centres Commerciaux (CNCC), renouvelle ses recommandations et conseille à ses membres d’étaler les loyers pour les petits commerces durant la crise.

28 & 29 mars 2020 :

  • Les enseignes ADIDAS et H&M notamment ont annoncé l’arrêt du paiement des loyers pour leurs magasins fermés en Allemagne.

21 & 25 mars 2020

  • Associations et fédérations du commerce, dont PROCOS et l’UNPI demandent aux bailleurs et notamment les plus grands d’entre eux d’annuler loyers et charges durant la période de confinement pour les commerces fermés, et aménager les loyers pour les entreprises ayant pu ouvrir mais réalisant des chiffres d’affaires faibles.

16 & 17 mars 2020 : 

  • La compagnie de Phalsbourg puis CEETRUS annoncent la suspension du règlement des loyers et charges ainsi que l’annulation de ces derniers entre le 15 mars 2020 et le 15 avril 2020.
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.